Christian Morel : "Sur la prise en compte des risques différés et du vieillissement dans le BTP, les services santé travail ont un rôle essentiel à jouer."

Christian Morel, médecin du travail au Pôle Santé Travail Métropole Nord, animera pour la quatrième année la journée BTP des Septentrionales organisée avec l'OPPBTP. Profitons-en pour revenir avec lui sur cet évènement régional, ainsi que sur son rôle en tant que médecin référent BTP. L’occasion aussi d’aborder la journée du mercredi 27 juin consacrée au risque poussières, et plus spécifiquement au bois et à la silice. Ne manquez pas l’évènement !

PST
Christian Morel
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Forest. Cela fait maintenant trois années que vous participez à l’organisation des Septentrionales. Que pensez-vous de cet évènement ?
C.Morel.
C’est une chance d’avoir en région un évènement institutionnalisé, sur une semaine, permettant de traiter de thèmes différents. L’ouverture à un public large, qui est une difficulté concernant l’organisation, est également une richesse. Je reviens par exemple du Congrès de Marseille. L’infirmière diplômé d’Etat en Santé travail (IDEST) qui travaille avec moi était également du voyage, et, même s’il s’agit, du point de vue d’un médecin, d’un évènement de qualité, elle a regretté le manque de contenu en ce qui la concernait. Quoi qu’il en soit, j’ai l’impression que la semaine des Septentrionales est un rendez-vous apprécié par beaucoup de monde, même si cela prend du temps à organiser, et qu’il faut pouvoir dégager du temps pour venir. Puis il me semble important d’avoir une journée spécifique dédiée au BTP. C’est tout à fait légitime. C’est une branche qui accueille un grand nombre de salariés. La population est particulièrement à risques, et présente des indicateurs préoccupants en terme de morbidité. Il est essentiel d’accompagner les salariés et les entreprises du secteur sur les thématiques du vieillissement, de la désinsertion professionnelle, et des risques différés. Et les Septentrionales participent de l’amélioration de cet accompagnement. 

Forest. Cette année, quels sujets vont être abordés ? 
C.Morel.
Cette année nous abordons le thème des poussières, et plus spécifiquement celles de bois et de silice cristalline. Concernant la silice, nous sommes en plein dans l’actualité. Elle est désormais classée cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer. A moyen terme, cela sera pour le BTP un sujet majeur. Mais si des travaux sont en cours pour modifier les valeurs limites d’exposition, nous ne pouvons pas attendre que la législation change. En tant que médecin, nous nous devons de nous référer dans notre activité aux données acquises de la science, et donc, anticiper sur la prévention. On ne pourra pas se cacher derrière le retard pris dans l’adoption des textes règlementaires. Sur le bois, nous y voyons plus clair. Mais il reste important d’informer sur les bonnes pratiques, d’autant que cela nous donne des billes pour prendre en charge le risque silice, sur lequel nous avons moins de recul.

Forest. Personnellement, pourquoi vous être intéressés à la médecine du travail, et au BTP ?
C.Morel.
J’ai toujours été attiré par deux choses : les sciences et la médecine. Je me suis également intéressé très vite au monde du travail, d’autant que mon père était médecin du travail lui-aussi. Après mes études de médecine, j’ai commencé en tant que généraliste, tout en faisant quelques remplacements en médecine du travail. A l’époque, il y avait beaucoup moins de postes disponibles, mais j’ai eu l’opportunité d’intégrer le service de Roubaix en 1985. Je m’étais dit que je resterais quelques mois, avant de repartir en cabinet, mais finalement je ne suis plus jamais parti ! Cela m’a tout de suite plu, même si, reconnaissons-le, je pensais que ce serait moins prenant ! La double casquette – médicale et suivi des entreprises – est une grande richesse. Très vite, je me suis rendu compte que l’on pouvait vraiment faire la différence, et apporter à l’entité collective que constitue l’entreprise. Bien sur au début, c’était plus compliqué. Les CHSCT venaient d’apparaître, les moyens se développaient, mais cela restait limité : nous avions moins de latitude. Même si ces changements sont en partie contraintes, je suis très satisfait de l’évolution que connaît le métier. Nous allons dans le bon sens. La « médecine tampon » est derrière nous. Aujourd’hui quand je vois 10 personnes, 7 présentent une véritable problématique santé travail. Le médecin doit manager son équipe, gérer son portefeuille d’entreprises, et s’adapter aux besoins réels, le tout avec une certaine autonomie : c’est passionnant. Même s’il en manque toujours, nous avons de ce fait plus de temps, et de moyens, pour accompagner l’entreprise, ou réfléchir aux manières d’améliorer notre accompagnement, comme je le fais concernant le BTP. C’est un secteur qui m’a toujours attiré. Les gens y sont attachants, droits et carrés. Et je trouve l’acte de construire, en lui-même, très intéressant. 

Forest. Quel est votre rôle spécifique en ce qui concerne le BTP ?
C.Morel.
Il est triple. En interne au Pôle Santé Travail Métropole Nord (PST), je suis médecin référent BTP . Je participe à ce titre au réseau des référents BTP créé par Paul Frimat. Je suis également médecin conseil auprès de L'Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics (OPPBTP) . Tout cela représente environ 20% de mon activité. 

Forest. En tant que médecin conseil auprès de l’OPPBTP, quelles sont vos missions
C.Morel.
Une convention lie le PST et l’OPPBTP. Dans ce cadre, le service me met à disposition sur la base de vacations. J’exerce la fonction depuis 5 ans, sur des mandats de 3 années. L’idée est d’apporter à un organisme de branche un regard technique médical. Les conseillers de l’OPPBTP sont au top dans leurs domaines techniques – produits chimiques, amiante, engins de levage… – mais sur des problématiques de santé, ils ont besoin de ce conseil. Je peux être sollicité par n’importe lequel des conseillers de la région sur des sujets très larges : mérule, périodicité des visites médicales, diabète et conduite d’engins… J’apporte mon expérience de médecin du travail de terrain en participant également aux réunions du conseil régional de l’OPPBTP, ainsi qu’aux réunions nationales des médecins référents. Nous sommes un ou deux par région. Dans ce cadre, je peux aussi être sollicité par les fédérations des bâtiments sur de sujets médicaux, afin d’apporter conseils, ou supports d’informations. Nous participons également aux études métiers réalisées par l’OPPBTP. Eux s’occupent de l’analyse organisationnelle technique et nous de la physiologie humaine : cardio, mesures d’empoussièrement par exemples. Le partenariat entre services et OPPBTP est à mon sens important car nous n’apportons pas la même plus-value. L’OPPBTP n’a pas  besoin de nous sur le quotidien de l’activité : chutes de hauteur, manutention… Par contre, sur la prévention et la sensibilisation aux risques différés, la prise en compte et l’accompagnement du vieillissement, nous avons un rôle essentiel à jouer, particulièrement dans le BTP.

Forest. En interne au Pôle Santé Travail Métropole Nord, quel est votre rôle ?
C.Morel.
Mon rôle de médecin référent est de répondre à mes collègues du PST sur les questions spécifiques en lien avec le BTP. C’est très concret. Un salarié de 150 kilos doit dans son activité, monter à l’échelle : que conseiller ? Une personne présentant tel type de problème de vision conduit tel type d’engins :dois-je le déclarer inapte ? J’anime dans ce cadre un « groupe BTP » pluridisciplinaire, regroupant une quinzaine de personnes : médecins, IPRP, IDEST et AST. Nous produisons des publications, ou des supports que nous publions sur l’intranet, à disposition de chacun, et nous proposons également des formations en interne . En ce moment nous travaillons sur la rédaction d’un guide sur les messages clés à transmettre aux salariés du BTP pour les prémunir contre l’usure professionnelle. Nous profitons également du réseau des médecins référents BTP pour mettre en commun les productions des différents services. 

Forest. Comment fonctionne le réseau des référents BTP ?
C.Morel.
Il a été créé il y a un peu plus d’une dizaine d’années par Paul Frimat. Y participent les médecins référents des services de la région, ainsi que la Direccte et l’OPPBTP. Désormais, la CARSAT y est également invitée. Concernant l’ex-Picardie, participe le service de Beauvais, mais nous espérons pouvoir élargir aux autres services.  Il y a 5 ans, Paul Frimat m’a proposé d’en assurer l’animation, ce que j’ai accepté avec plaisir. L’objectif est de mettre en commun, d’échanger sur les sujets d’actualité,  afin d‘améliorer le suivi proposé dans nos services, et d’accompagner au mieux nos collègues. 

Forest. Pour en revenir au PST, comment êtes-vous organisés ? Vous ne suivez que des entreprises du BTP ?
C.Morel.
Non, le choix a été fait de ne pas confiner les médecins référents à un seul domaine. Cependant, dans le cadre de mon secteur géographique, les nouveaux adhérents BTP sont généralement fléchés vers moi.

Forest. Vous travaillez avec l’appui d’une équipe pluridisciplinaire ?
C.Morel.
Bien entendu. Elle est composée d’une secrétaire, d’une IDEST et d’une AST. La volonté du service est que tout le monde travaille en équipe. Il y a encore quelques réticences, et cela nécessite d’adopter une posture de manager qui n’est pas toujours facile, mais c’est essentiel. Le médecin ne peut pas être partout, ni être toujours présent. C’est important que l’on puisse assurer une continuité, et proposer des compétences différentes, en fonction des besoins. Concernant les IPRP, nous sommes en train de changer d’organisation. Désormais, ils seront décentralisés et assureront des permanences dans les centres. Cela facilitera les échanges et le travail en équipe. Aujourd’hui, nous pouvons bien entendu déjà les solliciter, mais cela dépend des médecins. Certains le font plus que d’autres. Ensuite, il faut faire attention à l’adéquation entre les besoins et la réponse apportée. Nous ne pouvons pas accompagner de la même façon petites et grosses structures. Par exemple, une entreprise de taille importante n’aura pas besoin de nous pour procéder à l’analyse des fiches de  données de sécurité, alors que pour une petite, moins outillée, cela pourra s’avérer pertinent. Par contre, nous pourrons proposer un accompagnement à l’entreprise de grande taille, afin de l’orienter sur les conclusions à tirer de l’analyse qu’elle aura réalisée en amont. Bref, il faut s’adapter, d’autant que nous souhaitons renforcer notre accompagnement des petites entreprises.

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